28/11/21

« Souhaitons que ce premier numéro soit le début d’une longue série »

Recension de Brasero par Frédéric Thomas sur le site de Dissidences.

Éclairer « l’histoire de manière oblique, en privilégiant les contestations, les marges, les personnages et événements obscurs, oubliés et méconnus » (page 1), tout en s’inscrivant à contre-courant d’une certaine mode historiographique actuelle, tel est l’objectif de cette nouvelle revue, lancée par les éditions de L’échappée. Illustrés avec soin, répartis en sept « cahiers », la vingtaine d’articles réunis ici dressent un panorama éclaté d’individus et de parcours, inscrits dans des mouvements historiques plus larges, qui vont de la péninsule arabe du 9e siècle au travail éditorial français des années 1970, en passant notamment par les États-unis, la Russie et le Portugal.

Les « Préliminaires », qui ouvrent ce numéro, interrogent deux figures singulières des gauches radicales et deux moments particuliers. Anne Steiner, autrice de nombreux essais, dont le récent Révolutionnaire et dandy. Vigo dit Almereyda (L’échappée, 2020), revient sur le Montmartre de la Belle Époque, à l’heure où « la gueuse blanche » (la cocaïne), y circulait (presque) librement. Elle analyse les enjeux et la généalogie de sa prohibition, en évoquant son écho dans la littérature contemporaine. Steiner signe, en outre, un article dans la partie suivante, consacré à Anna Mahé, une pédagogue anarchiste, proche d’Albert Libertad (1875-1908), et rédactrice de l’hebdomadaire l’anarchie. L’occasion de revenir sur le collectif d’habitat et de travail auquel ils participaient, et, au-delà, sur les expériences pédagogiques et écologiques libertaires de ces années.

idonie Mézaize Milon met en avant l’« expérience militante inédite » de Flora Tristan (1803-1844), qui, en 1844, réalisa un tour de France pour présenter son livre auprès des ouvriers et ouvrières. Ainsi, « elle tient des réunions de femmes où elle engage ces dernières à prendre part aux affaires publiques : ”Je leur démontrai que la politique entrait jusque dans leur pot-au-feu et elles comprirent fort bien” » (page 14). En suivant de près son itinéraire, et à travers nombre de citations, souvent drôles et radicales, de ses lettres et de son journal – « c’est inconcevable comme le monde est peuplé de nullités qui sont parvenues on ne sait comment à se donner une réputation quelconque » (page 16) –, Milon montre à quel point Flora Tristan réussit « à tracer dans l’imaginaire populaire les contours d’une véritable République démocratique et sociale » (page 17). C’est à une figure toute autre que l’article suivant s’intéresse : le trotskyste argentin Juan Posadas (1912-1981). Celui-ci est l’auteur d’un texte, en 1968, Les soucoupes volantes, le processus de la matière et de l’énergie, la science et le socialisme, qui affirmait l’existence des ovnis, et prétendait que les extraterrestres étaient (nécessairement) parvenus au stade communiste. Patrick Marcolini éclaire le parcours intellectuel de ce militant, en faisant de cette théorie, sous l’aspect loufoque, la démonstration de « jusqu’où peut conduire l’idéologie du progrès lorsqu’elle est poussée à son comble : le délire pur et simple » (page 21). Enfin, l’éditeur Charles Jacquier clôt cette partie, en rappelant que 2021 ne constitue pas seulement les 150 ans de la Commune de Paris, mais aussi le centenaire de la Commune de Kronstadt. Il présente et republie à cette occasion un article de Marie Isidine, paru en mai 1921 dans la revue anarchiste Les Temps nouveaux (...).

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