17/12/23

« "Célibataire endurci, binational déchu, enseignant précaire, révolutionnaire désenchanté : je déclare être prêt à affronter tous mes adversaires, sur tous les terrains, sans concession" »

Entretien avec Nedjib Sidi Moussa, auteur du Remplaçant, par Frédéric Pierru dans Respublica.

Nedjib Sidi Moussa est un intellectuel rare. Nous avons écrit dans des articles précédents que les néo-antiracistes (racistes et antisémites) et les néo-féministes (partisanes d’un féminisme différentialiste, essentialiste et séparatiste) étaient très souvent issus du monde des « intellectuels précaires », eux-mêmes produits par la massification de l’enseignement supérieur qui a percuté la raréfaction et la précarisation des postes au nom de la raison ordo-libérale européenne. Le plus cocasse est que ces Zorro de pacotille de la « justice sociale » – à entendre au sens de diversitaire et de communautariste et non de lutte anticapitaliste pour une plus grande égalité sociale – sont souvent des petits-bourgeois parisiens et… « blancs ».

Comme le faisait remarquer Adolph Reed Jr, dont nous avons traduit et publié deux articles (à retrouver ici : https://www.gaucherepublicaine.org/author/adolph-reed), ces porte-parole du wokisme, ces diplômés déclassés s’arrogent le statut de porte-parole de groupes fictifs, souvent fondés sur des bases ethniques, religieuses et, disons-le, raciales. On a ainsi vu naître une « communauté noire », une « communauté musulmane », en plus d’une « communauté LGBTQIA+ » (quoique travaillée par des dissensions internes, cf. les « TERF »), qui n’ont que la consistance que leur prêtent leurs porte-parole avant tout motivés par leur arrivisme et leur carrière personnelle. Ils remplissent le monde des sciences sociales universitaires, les médias mainstream et le monde artistique. On n’entend qu’eux. Quelques-uns sont bien établis, tels les frères Fassin, qui de façon démagogique, se font les hérauts de ces défenseurs autoproclamés de « minorités » censément être homogène et ne pas être traversées par des intérêts de classe.

Cela ne les empêche pas de fréquenter les meilleures universités américaines et leurs « trustees » souvent milliardaires. Le combat contre le néocapitalisme financier et consumériste n’est pas leur problème. Non, leur seul problème est : qui accède aux positions privilégiées dans le cadre d’inégalités qui, à force de se creuser, deviennent abyssales, en plus de saccager la planète ? L’heure aurait sonné : ce sont désormais des « femmes » et des « non-blancs » qui doivent continuer l’entreprise initiée par des « hommes blancs », étant entendu que lesdits « hommes blancs » n’avaient pas d’épouses et de filles qui ont participé aux aventures coloniales ou capitalistes. C’est bien connu. Comment une femme blanche pourrait-elle s’avérer plus cupide ou cruelle que son propriétaire d’esclaves de mari ? L’historiographie a dû halluciner. Plus près de nous, les « furies de Hitler », qui organisaient à l’Est la Shoah par balles où se trouvaient des gardiennes impitoyables de camps, n’ont pas existé. On en veut pour preuve que quelques-unes – pas toutes, tant la dénazification de l’Allemagne fut un échec – ont été condamnées. Encore un sale coup du « patriarcat »…

Certains intellectuels se cabrent devant ce cynisme et cette bêtise qui, comme disait Camus, insiste toujours. Nedjib Sidi Moussa est l’un d’entre eux. Dans le prologue de son dernier livre, qu’il est impératif de lire avec celui d’Aurélien Aramini, consacré à son expérience de prof précaire de lycée faute d’avoir fait son trou à l’Université, l’auteur amorce une auto-analyse de ce qu’il vit, à l’évidence comme un échec. L’homme est pourtant brillant et est l’auteur de plusieurs livres. Laissons-lui la parole :

« La faute aussi, au désintérêt manifeste de la majorité des enseignants-chercheurs pour les questions relatives à la révolution, au fait colonial et à l’Algérie – à moins d’adopter les paradigmes à la mode et de prêter allégeance à un mandarin. La faute, enfin, aux réactions suscitées dans certains milieux (intellectuels, journalistiques et militants) par mon premier livre, La fabrique du musulman, paru en 2017 aux éditions Libertalia, et qui m’a valu d’être cloué au pilori par ceux qui prétendent – au sein de la « gauche blanche » ou de la mouvance décoloniale –, toute honte bue, détenir la parole légitime sur l’antiracisme, les classes populaires et la question musulmane, sans jamais accepter la moindre contradiction ni opposer d’arguments dignes de ce nom » (p. 9).

Il est vrai que Nedjib est un saumon. Il remonte à contre-courant. Issu de l’immigration algérienne, révolutionnaire de gauche, universaliste, opposé à la racialisation de la question sociale, n’ayant pas fréquenté l’aristocratie « ulmienne » ou de Sciences Po, il cumule les handicaps. Pire, il ajoute à son dossier déjà bien chargé une aversion profonde pour la mouvance « décoloniale » ou « indigéniste » et le fait savoir en l’écrivant ! C’est que ce quadragénaire ne manque pas de panache !

ReSPUBLICA ne pouvait passer à côté d’un tel parcours et de tels ouvrages. D’où cet entretien (...).

Pour lire la suite : www.gaucherepublicaine.org/respublica-idees/entretien-avec-nedjib-sidi-moussa/7435010

Nedjib Sidi Moussa