15/04/26

« Réseaux sociaux : "La nature humaine est mal adaptée aux foules numériques" »

Entretien avec Nicholas G. Carr, auteur de Communiquer à tout prix par Blaise Mao dans Usbek & Rica.

Entretien avec l’essayiste américain Nicholas Carr à l’occasion de la parution en librairie, le 17 avril, de Communiquer à tout prix, un essai qui se présente comme « une histoire (très) critique des réseaux sociaux ».

Nicholas Carr est une figure majeure de la technocritique contemporaine. En 2011, quand la « révolution » numérique semblait encore pleine de promesses, il s’interrogeait déjà sur les conséquences cognitives de la vie en ligne dans un livre qui a marqué les esprits (Internet rend-il bête ?, éd. Robert Laffont). 

Quinze ans plus tard, le journaliste et essayiste américain publie un nouvel essai incisif (Communiquer à tout prix, L’Échappée, 2026), dans lequel il se livre à une relecture de l’histoire technologique telle qu’elle s’écrit depuis la fin du XIXème siècle. Un travail précieux pour comprendre pourquoi aujourd’hui, à travers notre usage massif et rarement réfléchi des réseaux sociaux, « nous devenons des images médiatiques détachées de notre existence physique ». Nous avons échangé avec l’auteur pour mieux cerner la manière dont ces plateformes transforment nos esprits, mais aussi nos corps. 

Votre livre s’ouvre sur le portrait de Charles Horton Cooley, sociologue américain du tout début du XXème siècle, à qui l’on attribue l’invention du terme « social media ». Pourquoi ce choix ?

Nicholas Carr : Bien qu’il ne soit pas souvent mentionné de nos jours, Cooley fut l’un des pionniers de la sociologie en tant que discipline académique. Redécouvrir son œuvre m’a apporté des éclairages inattendus quant aux effets profonds des réseaux sociaux sur nos modes de vie actuels. 

Dans un essai de 1897 (The Process of Social Change) où il forge le terme « médias sociaux », Cooley soutient que les technologies de communication sont devenues la force la plus importante dans la formation de la société. Il suggère que chaque nouveau média modifie les flux d’influence et les modes d’association entre les individus, et qu’à mesure que les technologies de communication gagnent en efficacité, elles rendent la société moins « solide » et plus « liquide ». Elles effacent les frontières temporelles et spatiales qui structurent et stabilisent traditionnellement les relations sociales. Et dans le pire des cas, elles engendrent le chaos. 

Cette intuition permet de comprendre pourquoi les réseaux sociaux ont été si perturbateurs pour l’ordre social. Loin de renforcer les communautés, comme l’avaient promis des figures telles que Mark Zuckerberg, les réseaux sociaux les ont en réalité dissoutes. On pourrait même dire que les réseaux sociaux sont plutôt des « médias antisociaux » (...).

Pour lire la suite : www.usbeketrica.com/fr/article/reseaux-sociaux-la-nature-humaine-est-mal-adaptee-aux-foules-numeriques-nicholas-carr

Nicholas Carr