13/05/26

« Olympia Press, maison du "porno d’avant-garde" des années 1950 »

Entretien avec Thibault Saillant, auteur d'Olympia Press, par Julien Morel dans RetroNews.

Editeur de romances érotiques comme de Sade, Nabokov ou Beckett, les éditions Olympia Press furent l’improbable point de rencontre des genres « interdits » dans l’immédiat après-guerre à Paris. Nous revenons sur cette maison pas comme les autres avec Thibault Saillant, auteur d’ Olympia Press, une avant-garde pornographique.

 

RetroNews : Tout d'abord, à quoi ressemble la production pornographique en France au début du XXe siècle ? 

Thibault Saillant : Le sens actuel du mot « pornographie » apparaît au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, au moment même où se créent et se renforcent les législations pour contrôler et réprimer les contenus licencieux en Europe et aux États-Unis. Les lois américaines et britanniques contre l’obscénité ne définissent pas ce dernier terme. Dans ces pays de common law, c’est le pouvoir judiciaire qui va en spécifier les critères. En 1868, dans le procès Regina v. Hicklin, au Royaume-Uni, le tribunal affirmera que l’obscénité est ce qui « tend à dépraver et à corrompre ceux dont les esprits sont vulnérables à de telles influences immorales ». La définition est vague, mais elle pose la relativité du concept d’obscénité, dangereuse aux seuls « esprits vulnérables » qui, pour le pouvoir de l’époque, prend les traits de la femme, du peuple et de la jeunesse.

C’est cette définition qui va faire autorité durant un siècle, tant aux États-Unis qu’au Royaume-Uni. Tout auteur ou éditeur accusé devait pouvoir prouver que l’œuvre écrite ou publiée qui était incriminée pouvait être lue par tous ces publics. Le vocable « pornographique » sert donc à créer une nouvelle catégorie de l’érotisme, qui serait obscène, donc corruptrice et à interdire. Mais un éditeur comme l’anglais Charles Carrington pourra être appelé « pornographe » tout en publiant, outre des romans de flagellation, Picture of Dorian Gray ou les traductions de Barbey d’Aurevilly et de Pétrone… (...).

Pour lire la suite : www.retronews.fr/sports-et-loisirs/interview/2026/05/11/olympia-press-editions

Thibault Saillant