08/06/26

« Les réseaux sociaux nous empoisonnent-ils ? On a lu "Communiquer à tout prix" de Nicholas Carr »

Recension de Communiquer à tout prix de Nicholas G. Carr par Kévin Boucaud-Victoire dans Marianne.

Dans « Communiquer à tout prix » (L'échappée), l'essayiste américain Nicholas G. Carr revisite l'histoire des réseaux sociaux et explique leur impact négatif sur nos sociétés.

Environ 100 millions d’utilisateurs dans le monde en 2006, 2 milliards en 2016 et plus de 5 milliards aujourd’hui : les réseaux sociaux constituent l'un des phénomènes sociaux les plus importants de ces deux dernières décennies. Malheureusement, peu se sont essayés à une analyse globale du phénomène, de ses implications et de ses conséquences. C’est l’exercice périlleux auquel se livre dans son dernier ouvrage l’essayiste américain Nicholas G. Carr, déjà auteur du remarquable Internet rend-il bête ?, publié en France il y a quinze ans chez Robert Laffont. Tout juste traduit en français, Communiquer à tout prix s’avère au moins aussi important, si ce n’est plus, pour comprendre notre époque.

Le terme « réseau social » ne date ni de ce siècle, ni du précédent. Charles Horton Cooley est le premier à l’utiliser, dans un article intitulé « The process of social change », paru en 1897. Le sociologue y analyse l’importance de la communication. Pour lui, rapporte Nicholas Carr, « la façon dont les gens échangent des informations détermine le mode d’organisation » d’une société. Car « notre façon de communiquer conditionne en grande partie nos pensées et nos actes ». Les mécanismes de communication bouleversent les sociétés. Ainsi, les lettres, les télégrammes, les téléphones, la radio ou la télévision ont chacun eu un impact important sur le monde, mais aucun autant que Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook.

La révolution Facebook

Le 5 septembre 2006, le réseau social met en place un fil d’actualité, qui offre aux utilisateurs un flux permanent et personnalisé de publications, mises à jour et filtrées par un algorithme, qui prend des décisions éditoriales. Pas grand-chose, en apparence, mais il s'agit d'une vraie révolution. « L’actualité, le divertissement, la conversation et les autres formes d’expression humaines entrent désormais en compétition, avec l’espoir d’attirer l’attention du consommateur et d’obtenir la bénédiction de l’algorithme. » C’est ainsi que le scrolling, l’action de faire défiler l’écran vers le bas afin de voir du contenu, va peu à peu nous accaparer. Néanmoins, le rêve de Mark Zuckerberg d’une humanité apaisée par la surcommunication s'éloigne (...).

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Nicholas Carr