23/10/26

« Les IA génératives comme Chat GPT sont-elles un "antilangage" ? »

Contribution d'Éric Sadin, auteur du Désert de nous-mêmes dans le hors-série de La Vie/Le Monde.

Quatre ans à peine que Chat GPT et consorts se sont engouffrés dans nos vies, sans que le moindre contrôle ne leur soit opposé. En laissant ces machines parler à notre place, nous leur abandonnons notre singularité et notre faculté à parler à la première personne.

À force de profiter, depuis un quart de siècle, de technologies numériques, dont la plupart ont pour caractéristique de faciliter le cours de notre quotidien, nous en sommes arrivés à être toujours plus enivrés par la passion pour le moindre effort. Une disposition qui s’est tellement ancrée dans nos habitudes que lorsque de nouveaux produits sont mis entre nos mains, dont certains sont susceptibles d’entraîner de brusques — et hasardeuses — ruptures, nous ne sommes plus en état de nous atteler à mesurer, collectivement et en amont, les possibles conséquences de nos usages.

C’est exactement à ce phénomène auquel nous avons assisté fin 2022, lors du lancement de Chat GPT et, plus largement, des IA génératives : du jour au lendemain, des machines ont commencé à produire, sur de simples instructions de notre part, du texte. Un événement à même d’engendrer de tels bouleversements qu’il eut été alors de notre devoir de faire preuve de la plus grande vigilance. Or, tout à l’opposé, l’on a vu, les temps qui ont suivi leur mise en ligne, des foules se jeter têtes baissées sur ces machines à écrire d’un nouveau genre, sans saisir que, en réalité, nous avions affaire à un « antilangage ».

L’avènement d’un « thanatologos »

Et ce, en vertu d’un fait majeur, à savoir que ces systèmes sont fondés sur le principe de la corrélation probabiliste. C’est-à-dire que s’il y a tel vocable, le suivant qui sera sélectionné sera celui étant, d’après les historiques d’usage, le plus fréquemment utilisé à (...).

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Éric Sadin